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dimanche 2 mars 2014

Le pacte d'Awa, d'Agnès Boussuge et Elise Thiébaut




L E    P A C T E    D'A W A
pour en finir avec les mutilations sexuelles



  • Auteur: Agnès Boussuge & Elise Thiébaut
  • Édition: Syros
  • Année d'édition: 2006
  • Nombre de pages: 127
  • 4ème de couverture: Sophie, 53 ans, Malienne, raconte son excision, à l'âge de 8 ans. Elle raconte aussi comment, adolescente, elle fonde avec ses amies un groupe clandestin et conclut avec elles un pacte secret : celui de ne jamais faire exciser leurs filles. Sekou, qui appartient à l'ethnie bambara, est un père de famille de 45 ans. Sa fille aînée est morte dans ses bras des suites de son excision, à l'âge de sept mois. Pour s'être dressé contre la coutume dans son pays, il a subi des pressions et a dû choisir l'exil... Quatre témoignages bouleversants et un dossier complet, précis, facile d'accès, pour comprendre, sans porter de jugement moral, en quoi consiste l'excision. Aujourd'hui, 130 millions de femmes seraient excisées dans le monde, à raison de 3 millions de fillettes chaque année. Et en France, 30 000 femmes et 35 000 fillettes sont mutilées ou menacées de l'être...

A P P R É C I A T I O N 

Tout d'abord, deux mots sur l'excision, sujet que vous ne connaissez pas forcément: l'excision consiste à couper le clitoris des fillettes, souvent âgées d'entre huit et douze ans. Mais il arrive qu'elles soient beaucoup plus jeunes (quelques mois à peine) ou plus âgées (parfois jusqu'à seize ans!). Cette pratique est traditionnelle et rituelle, énormément exercée en Afrique. Elle est très douloureuse, les "patientes" n'étant pas endormies généralement (peu de jeunes filles sont opérées en hôpital dans des conditions dignes de ce nom). Il arrive régulièrement que des enfants succombent à cette opération, souvent d'une hémorragie.

J'ai beaucoup aimé ce livre (qui se rapproche plus d'un documentaire qu'à un vrai roman) parce que j'avais déjà entendu parler de l'excision, sans plus de détails. Et j'ai trouvé très enrichissant de lire ce livre parce qu'on n'est jamais trop informé de la bêtise humaine et de la misère du monde. J'ai particulièrement apprécié les témoignages, surtout celui du père qui a perdu sa petite Fatou, âgée de sept mois, d'une hémorragie suite à cette ignoble opération. C'était tellement bouleversant, j'en avais les larmes aux yeux. L'excision est réellement un fléau pour la population africaine, notamment féminine. Ce qui est par dessus tout horrible dans cette pratique, c'est que tout le monde est persuadé qu'elle est indispensable pour devenir une femme, que c'est une épreuve à passer mais que faire sans est inacceptable... C'est terrifiant. Ils ne veulent pas remettre en question cette pratique car elle existe depuis trop longtemps et que les gens se persuadent entre eux, finalement.

Dans ce petit livre de seulement 120 pages, je suis passée par beaucoup d'émotions, ce qui, je trouve, est un point très positif. J'ai ressenti beaucoup de colère, contre l'excision en elle-même plus que pour les africains qui la soutiennent car ils n'ont pas tous la possibilité de penser différemment des autres et de s'informer. Mais aussi beaucoup de tristesse, autant par rapport aux témoignages qu'aux chiffres, toujours trop élevés...
Et encore de l'espoir, car il y a quand même des gens qui luttent contre ce fléau et le progrès se fait ressentir.

Le seul point négatif dans le Pacte d'Awa, ce sont les chiffres, qui ressortent un peu trop souvent... Ça peut être difficile parfois de se représenter un pourcentage ou un chiffre si on ne s'y connaît pas. Mais sinon, c'est vraiment un livre intéressant et bouleversant, que je recommande à toutes celles et ceux qui ont soif d'appendre sur un sujet très tabou.


Une très bonne lecture sur un sujet bouleversant...
★ ★ ★ ★ ★

mardi 7 janvier 2014

Le journal de Polina, de Polina Jerebtsova


L E    J O U R N A L    D E    P O L I N A    J E R E B T S O V A


  • Auteur: Polina Jerebtsova
  • Édition: Books
  • Année d'édition: 2013
  • Nombre de pages: 564
  • 4ème de couverture: Polina Jerebtsova a 14 ans en 1999 lorsque débute la deuxième guerre de Tchétchénie. Elle tient un journal intime jusqu'en 2002 : elle y témoigne de ses souffrances, du quotidien rythmé par les bombardements, la faim, la peur et les deuils. Seule avec sa mère dans Grozny, la jambe criblée d'éclats d'obus, Polina continue de manifester un formidable appétit de vivre et de savoir. Elle tombe amoureuse, apprend le karaté, embellit son quotidien en l'illustrant par des poèmes qu'elle écrit ou emprunte à d'autres. Les émois de l'adolescente alternent avec son récit circonstancié du siège de la ville. Tout semble bon pour survivre, même les pires bassesses. Polina n'y cède jamais. L'écriture est le garant de son intégrité. La publication de son journal en 2011 a provoqué des débats virulents en Russie. Le régime de Vladimir Pouline et ses partisans ne sont pas prêts à reconnaître les crimes commis par l'armée russe dont témoigne Polina. Menacée de mort, elle a dû fuir Moscou. Elle vit aujourd'hui en exil en Finlande, où elle a obtenu l'asile politique.

A P P R É C I A T I O N 

Polina a seulement 14 ans, et pourtant ce qu'elle écrit est simplement fantastique. Elle a une manière de raconter ce qu'elle voit, ce qu'elle a vu, ce qu'elle entend, ce qu'elle a entendu, ce qu'elle vit et ce qu'elle a vécu qui est totalement unique. Ses textes respirent la simplicité, et c'est cela qui nous prend aux tripes. Les horreurs qu'elle vit sont racontées avec sensibilité, mais sans exagération, comme si tout cela était normal; c'en est terrifiant.
Polina est courageuse; elle surmonte sa grave blessure, ses maladies incessantes ainsi que celles de sa mère, les horribles rumeurs qui circulent sur elle, l'absence des gens qu'elle aime, les deuils quotidiens, la faim, le froid, la peur, les mégères... sans jamais se plaindre. De temps en temps un "j'ai mal"... rien de plus. Elle endure toutes ces horreurs avec un courage qui devrait nous inspirer. 
Polina n'a pas écrit dans le but de nous attendrir, puisqu'elle ne pensait pas même survivre à cette guerre, mais pour elle-même. Et ses textes en sont encore plus touchants. Elle partait du principe que seule elle les lisait, et pourtant c'est rédigé avec soin, les mots choisis sont justes et les sentiments que ses phrases donnent sont fabuleux. 
Il y a des passages qui tirent les larmes, comme quand elle écrit "aujourd'hui, j'ai fait une folie, je me suis acheté un Kinder Surprise! Comme si on était en fête!". Mine de rien, ces mots attristent, je trouve. On ne se rendra jamais assez compte de la chance qu'on a.
J'ai aussi remarqué son évolution au fil des années. Polina écrit de 1999 à 2002 et je trouve les vieux textes plus fades que les récents. On voit qu'elle prend de plus en plus de plaisir à écrire, à coucher sur le papier les insanités qu'on lui fait vivre et à faire de son journal un témoin.
J'ai aussi été impressionnée par les vers qu'elle écrit. Certains sont fabuleux et dignes de grands poètes. On voit que la poésie est une passion pour elle. Les mots s'enlacent avec tendresse pour former quelque chose de précis et vague en même temps; il faut parfois s'arrêter et réfléchir pour trouver le sens de ce qu'elle a voulu dire. 
A travers les mots de Polina Jerebtsova, on apprend aussi beaucoup de choses sur la guerre, sur les moyens de survivre que les gens utilisent, du comportement des gens durant les périodes "orageuses". 

Bref, j'ai un avis très positif sur ce livre.



Une excellente lecture pour ce témoignage bouleversant !
★ ★ ★ ★ ★